J'avais été conquise, plus jeune, par le film, probablement parce que je suis restée longtemps première au championnat du monde de trouillouse, mais aussi et surtout parce que je l'adore visuellement. Le kitsch délirant et pourtant hyper esthétique de certains effets (la scène de l’ascenseur, MON DIEU, la scène de l’ascenseur.), l'architecture de l’hôtel, les faux raccords étranges, tout est cryptique et semble fourmiller de sens cachés qui rendaient ma jeune âme nourrie au club des apprentis détectives de Picsou magazine complètement folle. (J'ai d'ailleurs dissimulé une micro référence à l'interprétation du film que je préfère. Elle est peut-être un peu plus visible sur la photo que sur le GIF. Seuls les vrais sauront [ou ceux qui auront vu « Room 237 », documentaire un peu intello, mais assez fou sur les interprétations du film de Kubrick.]. Et ceux qui trouveront, je leur offre un morceau de Saint-Nectaire. Fermier. Pour de vrai.)
Bref, je ne ressentais pas tellement le besoin d'aller lire le livre, du coup.
Et puis, récemment, j'ai lu le livre, et là, crac (si toi aussi tu as eu dans la tête la voix d'Olivier de Carglass, tape dans tes mains), seconde révélation. Jack Torrance est un alcoolique repenti ; parfaitement intelligent et visiblement sain d'esprit au début du roman, qui aime sa famille. Wendy Torrance est tenace, courageuse, forte. Danny a un ami imaginaire en forme d'humain et pas en forme de doigt. Spoiler alerte, Dick s'en sort à la fin. Et tout le livre se concentre jusqu'à l'étouffement sur l'explosion d'une cellule familiale déchirée par la violence de Jack, de plus en plus monstrueux sous l'influence de l'hôtel Overlook qui a des vues sur le Shining surpuissant de Danny.
Tellement de fantômes et pas de jumelles diaboliques, tellement de chambres et pas de 237 (c'est la 217), tellement de trouille et de pression page après page, et crac (Olivier, laisse-nous.) ; je me rends compte que Shining est autant un roman d'horreur sociale qu'un roman fantastique, que Stephen King est un génie (après Ça, Misery et Carrie je m'en doutais un peu, mais sait-on jamais), et qu'il avait plein, tout plein de raisons pour être déçu de l'adaptation de Kubrick (ceci dit j'aime toujours autant le film. Mais soyons honnêtes, il ne raconte pas la même chose. Et c'est pas grave. )
L'enfermement, les portes, les serrures, pas d'endroits sûrs, l'ennemi est partout. Comme dans les cas de violence conjugale, finalement, et c'est bien là ou se situe la grande, très grande finesse du livre.
Et le lecteur, au milieu de tout cela, cloué avec cette famille, dans les couloirs de cet hôtel, au milieu des fantômes, spectateur tétanisé qui partage une partie des dons de Danny et voit, comprends, entends, mais ne peut rien faire d'autre que regarder, attendre et espérer que la force d'âme de Wendy, son courage et les dons de Danny seront suffisants pour sauver tout le monde.
Diabolique.